Interview Patrick Michel

Interview - Patrick Michel  (coiffeur de Dorothée)

 

Samedi 3 avril 2010, Paris.
C'est au détour d'un café que nous avons rencontré Patrick Michel, l'un des collaborateurs proches de Dorothée au cours de la décennie Club Do. Coiffeur attitré de la star, il a vécu à ses côtés la folie de ces 10 ans : concerts, télévision... il nous a raconté ses plus beaux souvenirs et ses retrouvailles récentes avec Dorothée ! Merci à lui pour sa générosité et bonne lecture à tous ! Rendez-vous sur le forum pour partager vos impressions.
 

 

Comment êtes vous arrivé dans l’aventure AB Productions ? Connaissiez-vous déjà Dorothée ?

Je ne regardais pas Dorothée à la télévision car je ne suis pas de la génération Dorothée, moi c’était plutôt Pimprenelle et Nicolas. J’étais coiffeur à Rouen et je suis monté à Paris pour travailler sur un film. J’ai reçu un coup de fil me disant « est-ce que vous acceptez de coiffer Dorothée demain matin ? ». Sur le coup je me suis demandé « Dorothée, Dorothée, c’est LA Dorothée ? ». C’était bien elle ! On était en septembre 87. Et de ce jour là on ne s’est plus quitté. D’entrée il y a eu une fusion entre nous deux.

Septembre 87, c’est le début du Club Dorothée ?

Oui. A l’époque AB Productions n’existait pas ; on était dans un petit studio et les animateurs se préparaient dans une petite loge (habillage, maquillage, coiffure). Après j’ai connu l’évolution d’AB Productions, les grands studios, tout ce qui s’est passé en 10 ans. J’ai vécu l’accélération des cadences, les Pas de pitié pour les croissants, les premiers shows de Noël. Tous ces invités, c’était extraordinaire.

Vous avez écrit sur votre Facebook que vous avez fait disparaître la queue de cheval de Dorothée…

C’est vrai. Je la voyais tous les soirs sur scène : la queue de cheval c’était bien mais il fallait évoluer, grandir. Je lui ai proposé : « ce serait sympa sur scène que tu puisses jouer avec tes cheveux ». Au départ Monsieur Azoulay était contre, mais un soir à la dernière minute il m’a dit « tu peux lui lâcher les cheveux ce soir ». On était comme des gosses tous les deux ! Dorothée le voulait mais ne pouvait pas le décider car c’était son image. Ca a été extraordinaire : tous les fans étaient émerveillés de la voir changée. Ca lui a donné une image plus tonique, plus rock. Je courrais toujours derrière elle avec ma bombe de laque pour qu’elle soit impeccable sur scène et tous les techniciens m’avaient surnommé « Roxan 2 ».

Dorothée a déclaré chez Michel Drucker qu’il ne faut pas lui adresser la parole avant de monter sur scène. Comment ça se passait avec vous ?

Dorothée et moi n’avions pas besoin de nous parler. Je savais quand on pouvait rire, quand elle se concentrait… J’étais dans sa loge mais je m’occupais des fleurs, je préparais le verre pour l’après concert avec les invités. Au moment de la coiffer, je lui faisais répéter ses chansons, c’était la seule communication que l’on avait à ce moment là. Elle chantait et je la reprenais quand elle se trompait.

Au fur et à mesure qu’elle se maquillait, elle prenait de l’assurance. Je l’accompagnais jusqu’au bord de la scène, c’était un rituel. En 1992, elle montait sur une espèce de plateforme et jusqu’au dernier moment elle me tenait la main. J’avais l’impression que c’était moi qui montait sur scène tellement elle me passait son stress. Elle me faisait un clin d’œil puis c’était parti.

Y avait-il des chansons qu’elle n’arrivait pas à retenir ?

La plus dure c’était Ma nouvelle valise, parce que le débit des paroles demande une grande concentration. Mais au final elle s’en sortait bien.

Quelles autres personnes avaient une telle proximité avec Dorothée dans ces moments là ?

Le responsable du spectacle l’accompagnait, la guidait. Quand elle disparaissait de la scène et tombait sur un matelas (Zénith 88), il était là pour la récupérer. Je me souviens que l’on faisait un changement rapide sous la scène : on était accroupi et au moment où elle tombait sur le matelas on la prenait par le bras avec son habilleuse (Frédérique Brozard), on l’aidait à faire un changement rapide, un coup de peigne et elle remontait sur scène.

Aviez-vous la même relation avec les autres animateurs du Club Do ?

A un autre niveau. C’était différent parce que je considérais Dorothée comme une grande sœur, c’était une star et je la mettais sur un piédestal. Dorothée, il n’y en avait qu’une. C’est quelqu’un qui donne beaucoup, elle aime les gens : son public, son équipe, les techniciens, les animateurs. C’est pour ça qu’elle a encore la même équipe aujourd’hui.

En temps que spectateur, y’a-t-il un concert que vous préférez ?

1992. La scène sur élevée, les musiciens, les lumières : c’était du grand show ! Même en tournée ! C’était émouvant de voir les salles combles, cette ambiance. Tout le monde suivait, même les parents.

Est-ce que Dorothée a toujours eu cet émerveillement devant son public ?

Oui. Elle avait le trac à chaque entrée en scène, rien n’était acquis. Elle avait même de plus en plus peur : la peur de décevoir son public, de ne pas assurer, de se tromper dans une chanson. Elle est très pro et d’ailleurs elle m’a appris beaucoup de choses sur le show business, je n’oublierai jamais.

Y avait-il des chansons que Dorothée aimait particulièrement chanter en concert ?

Elle adorait Nicolas et Marjolaine ! Les neiges de l’Himalaya et Tremblement de terre aussi ! Sur son nouvel album celle qu’elle préfère est Les chansons du passé. C’est du sur-mesure pour elle.

Avez-vous une anecdote de tournée à nous raconter ?

Quand on partait en tournée, mon grand souci c’était de savoir s’il y avait de quoi faire un shampoing à Dorothée. Quelques fois, il n’y avait rien du tout ! Et un jour on s’est retrouvé en cuisine, il y avait 2 bacs : dans le bac de droite la salade qui trempait et je lui lavais la tête dans le bac de gauche. Et on entendait dans la salle « Dorothée, Dorothée », on se disait « si les gens nous voyaient comme ça en cuisine !!! ».

Et puis un jour, aux Arènes de Nîmes, elle était fatiguée par le voyage et n’avait pas envie de chanter Détective privé. A la balance, le producteur lui a dit « on a besoin de répéter pour les musiciens, Patrick va le faire ». Donc je suis monté sur scène, elle était à côté de moi et me soufflait les paroles, j’ai vécu un moment très fort avec les musiciens et les choristes, il y avait une espèce de magie, je me suis demandé si c’était vraiment moi qui chantais.

Vous étiez le seul coiffeur de Dorothée au temps du Club Do ?

Au départ oui. Mais c’est grâce à moi si Antonia, qui est sa coiffeuse, est là aujourd’hui. Un matin où l’on partait pour un concert en Belgique, je me suis rendormi et j’ai raté le car. Dorothée s’est retrouvée sans coiffeur à Bruxelles. Elle s’est rendue dans un salon et a rencontré Antonia qui les a suivi à Paris et ne les a plus quitté. La production m’a « puni » et pendant 2 ans je n’ai plus coiffé Dorothée. D’ailleurs quand je suis arrivé chez Michel Drucker, Jean Luc Azoulay a rappelé à tout le monde « c’est grâce à Patrick si Antonia est là aujourd’hui ». Maintenant, tout le monde en rie… sauf moi ! Je n’ai pas été pro ce jour là, je m’en veux encore aujourd’hui.

Que préfériez-vous, les concerts ou la télé ?

Les concerts, parce que c’était une récompense ! Pour moi c’était magique, j’étais dans mon élément. Les émissions étaient plus routinières. Sur Pas de pitié pour les croissants on s’amusait beaucoup niveau travail : il y avait des  transformations à faire, on pouvait s’éclater et changer son look. On s’amusait vraiment bien.

Avez-vous senti la fin de l’aventure approcher ? 

Il y avait des bruits de couloirs mais personne n’y croyait et je pense que Dorothée non plus. C’était une autre vie, on vivait à 3000 à l’heure, on faisait partie d’une grande famille. Et même quand elle a chanté Un jour on se retrouvera où on était tous dans la cour à pleurer, on n’y croyait pas.

Pourtant la fin de l’émission avait été annoncée quelque mois auparavant !

Bien sûr. Mais on pensait qu’il allait se passer quelque chose après, peut être ailleurs que sur TF1… Je lis beaucoup les commentaires des fans, et comme eux nous n’avons pas fait notre deuil de cet arrêt. Pour eux le lundi matin il n’y avait plus le Club Dorothée à l’antenne, et nous à notre niveau on a vécu un grand vide. 

Dans quel état d’esprit était Dorothée sur le dernier tournage ? A-t-il été difficile pour elle ?

On a rien vu, rien senti. C’était la seule à motiver la troupe ; elle garde ses secrets là-dessus. Elle ne voulait pas nous faire de peine.

Qu’avez-vous fait à la fin de l’émission ?

J’ai mal vécu la fin du Club Dorothée, j’ai fait une petite dépression parce que je n’avais plus cette famille. Je me suis installé à St Martin, j’ai travaillé pour Les vacances de l’amour. J’avais un super appartement qui a même servi de décor à la série ! Ca m’a permis de faire le point. Dorothée nous rejoignait parfois avec Jean-Luc Azoulay pour se reposer, c’était un repos bien mérité !

Vous avez gardé contact avec elle pendant ses années de silence ?

Pendant ces 14 ans on ne s’est pas appelé tous les jours mais je n’ai jamais oublié son anniversaire, la nouvelle année, on s’envoie des nouvelles par texto. On n’a jamais coupé les ponts…

… jusqu’à ces dernières semaines où vous vous êtes retrouvés !

Voilà ! C’est grâce à votre Facebook parce que j’ai vu qu’il manquait de public chez Michel Drucker et j’y suis allé. J’ai retrouvé sa coiffeuse actuelle qui devait partir en vacances et qui m’a proposé de la coiffer pendant 8 jours où j’ai fait toute sa promotion télé et le tournage des clips. J’ai vécu 8 jours de bonheur.

Comment se sont passées les retrouvailles ?

Comme si on s’était quitté hier ! Elle m’a sauté dans les bras. J’avais un peu le trac, mais tout s’est bien déroulé.

Que pensez-vous de son retour sur scène ?

Je l’attendais depuis longtemps. Je lui en avais parlé mais elle n’était pas prête, n’avait pas envie. Elle dit qu’elle le fait sous la pression des fans, de la production, mais je sais qu’au fond d’elle-même elle est heureuse.

Elle a changé en 14 ans ?

Evidemment. Elle a mûri, elle est plus sereine, même si elle est morte de trouille !

Etiez-vous présent au moment du tournage des nouveaux clips ?

Oui ! Les clips ont été tourné au studio Guillaume Tell, un studio renommé où enregistrent tous les grands (Mylène Farmer, Charles Aznavour), c’est d’ailleurs là où elle a enregistré son album. L’idée est de la montrer simplement, on la voit au micro avec le casque et elle a enregistré toutes les chansons comme ça, habillée différemment à chaque fois. Le dernier jour on a fait des plans en fond vert en studio et il va y avoir des images insérées. Le montage est en cours, je n’ai pas vu le résultat. Il y aura des gros plans magnifiques !

Dans quel état d’esprit était Dorothée sur le tournage ?

Très détendue. On était une petite équipe d’une dizaine de personne, on s’est retrouvé en famille. Elle était en confiance.

Dorothée était-elle inquiète à l’idée de passer chez Laurent Ruquier ?

Elle s’était armée et préparée à ce que l’on lui pose des méchantes questions. En fait elle a été déçue parce qu’ils ont été trop gentils ! L’altercation avec « Gargamel », ça a été rigolo, on était morts de rire dans les loges, ce n’était pas méchant.

Racontez-nous le tournage de l’émission de Laurent Baffie sur Europe 1.

C’était lourd, grotesque, vulgaire … Elle est restée très concentrée. C’était épuisant ! Son attachée de presse m’a dit « je ne comprends pas, Dorothée ne joue pas le jeu » et je lui ai répondu « mais tu as vu les questions qu’on lui pose ? ». Elle n’avait pas besoin de faire ça, je ne comprends pas pourquoi elle y est allée. A la fin Dorothée ne répondait plus aux questions et les fans présents ont été scandalisés…

Vous avez d’autres anecdotes sur ce marathon promotion ?

C’est au programme, sur France 2, c’était super. Toute l’équipe attendait Dorothée, une partie des techniciens étaient déjà présents à l’époque de Récré A2. Quand William Leymergie a embrassé Dorothée en coulisses, une cadreuse lui a fait remarquer qu’il avait la larme à l’œil. Il s’est alors retourné et a essuyé ses larmes ! Il était très ému. C’était l’une des premières fois qu’ils se revoyaient après tant d’années.

Que pensez-vous du nouvel album ?

C’est la suite, c’est varié au niveau musical. C’est du Dorothée ! Ca m’a ému quand je l’ai entendu pour la première fois. Il y a deux titres qui sortent du lot : Un ami un copain (On a toujours besoin) que je prends pour moi, et Les chansons du passé. C’est un rappel de toute son histoire professionnelle.

Sur un futur album, quel style musical la verriez-vous adopter ?

J’aimerais retrouver le côté rock n’roll : Monsieur Bill, Détective privé, ça lui colle à la peau, elle s’éclate là-dessus. L’émotion aussi lui va bien, mais pas trop. 

Allez-vous lui tenir la main à l’Olympia avant la montée sur scène ?

Je ne savais pas que j’allais la coiffer pour la promo donc j’ai acheté ma place au premier rang pour le dernier soir, je me suis dit que je vais l’avoir pour moi. Mais je lui ai proposé d’être là pour les 3 jours, de faire un film en coulisses, de lui faire répéter ses chansons et de ramasser ses fleurs – parce qu’elle va avoir beaucoup de fleurs ! Elle se faisait les lèvres quand je lui ai proposé, elle ne m’a pas répondu mais elle m’a souri et j’ai vu dans ses yeux que ça allait lui faire plaisir ! Reste à me procurer un pass !

Pensez-vous qu’elle reparte en tournée ?

Pour moi, c’est évident qu’il y aura une tournée. La logique voudrait que tous les gens qui ne peuvent pas venir à Paris et se payer une place à l’Olympia puissent la voir. Pour le moment, elle se concentre sur l’Olympia, je n’en ai pas entendu parler.

Regrettez-vous l’absence des Musclés et des Fléchettes ?

Je trouve bien qu’elle ait d’autres musiciens parce que ce retour marque une évolution dans sa carrière. De plus il en manque un, Papy René n’est plus là, ce n’est plus pareil. Je pense que Martine et Francine vont lui manquer parce qu’elles étaient proches, il y avait une forte complicité entre elles. Ce sont deux très belles personnes, elles sont vraies.

Savez-vous qui va faire les costumes de ses concerts ?

Oui ! Jean-Luc Azoulay a craqué sur les costumes des danseuses de Vivement dimanche et c’est Vanessa Coquet qui va s’en occuper (styliste de l’émission et fille de Françoise Coquet, productrice de Vivement Dimanche). Ca va être somptueux et briller de paillettes ! C’est quelqu’un de très fort.

Les fans aiment aussi Dorothée pour sa blondeur, est-ce quelque chose qu’elle ne veut plus aujourd’hui ?

Je lui ai dit l’autre jour « tu sais sur ma page Facebook les fans me réclament la blondeur et les cheveux longs ! ». Elle m’a répondue « Oui oui oui je sais ! ». Elle est très attentive à ce que les fans demandent. Je lui ai conseillé de se faire un balayage avant l’Olympia pour lui donner un coup d’éclat ! A la fin du Club Dorothée, elle avait envie de changer, je l’ai même faîte brune ! A l’époque on n’avait pas le droit, elle avait une image à respecter. Après, elle a pu s’éclater !

Qu’imaginez vous pour elle par la suite ?

Je ne la vois pas reprendre un Club Dorothée, elle n’a pas envie de retourner en arrière. Le cinéma serait une belle récompense, elle est une super comédienne. Ce serait la plus belle chose qui pourrait lui arriver. Dans toute sa promotion à la télévision, elle a osé en parler… J’espère qu’un jour quelqu’un va l’entendre. Il faut qu’elle fonce !

Dernière question : pourquoi c’est Antonia qui a été choisie pour l’Olympia ?

C'était prévu comme ça. Si j’avais fait l’Olympia, j’aurais suggéré qu’elle revienne avec sa queue de cheval, avec un postiche, pour le clin d’œil.  S’il y a une tournée, ça me plairait qu’on alterne avec Antonia car elle ne travaille pas qu’avec Dorothée. On verra bien !

   

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