Frédérique Hoschedé est née le 14 juillet 1953, à Paris, à la clinique des « Belles Feuilles ». Elle passe une enfance tranquille avec ses parents Maurice et Jacqueline Hoschedé, dans un pavillon de Bourg-la-Reine. Son frère Jean-François deviendra très important pour elle, à l'âge adulte. Ses études, de la maternelle au bac, elle les passe à l'école « Notre-Dame » de Bourg-La-Reine, éduquée par les sœurs. C'était une bonne élève... qui faisait déjà partie de la chorale de l'école. Comme toutes les petites filles sages, elle étudie le piano, et obtient un troisième prix au concours Nérini en interprétant une sonate de Mozart. Elle pratique l'équitation et prend des cours de danse, mais se fait renvoyer parce qu'elle « dissipe ses petits camarades en faisant le clown ». Son meilleur souvenir de cette époque, c'est quand elle chantait en duo avec son père qui l'accompagnait au piano. Le papa ingénieur fait découvrir à sa chère Frédérique, les comédies musicales de Fred Astaire et Ginger Rogers. Tous les étés, jusqu'à l'âge de treize ans, elle passe ses vacances en famille sur la côte Atlantique. La bande son personnelle de l'adolescente est jusqu'ici majoritairement composée des chansons de son idole : Marie Laforêt. A partir de quatorze ans, nouveau rituel estival : elle reçoit, pendant le mois de juillet, Sue, sa correspondante anglaise, et passe le mois d'août chez elle, en Angleterre... Elle y découvre les Beatles, Chuck Berry, Simon and Garfunkel et surtout Cliff Richard.


1970-1972 : Tout en préparant son bac « philo », elle monte une petite troupe théâtrale, forte de quatre membres, à l'intérieur de son collège. Elle écrit l'adaptation moderne d'un « Caprice » de Musset. Elle en fait les costumes, les décors, la mise en scène... La pièce est présentée au concours inter lycées organisé par Madame Tassencourt, directrice du théâtre Montanssier à Versailles. Elle arrive en finale et Dorothée obtient le prix spécial du jury pour son interprétation. L'un des membres du jury en question, Jacqueline Joubert, lui demande à brûle-pourpoint : « Cela vous intéresserait-il de faire de la télévision ? ». Elle répond : « Je n'y ai pas pensé, mais pourquoi pas... ? ».


1973-1976 :
Elle est en troisième année d'anglais, s'imagine dans le tourisme, l'archéologie, la décoration ou la danse, quand Jacqueline Joubert la rappelle, lui fait passer son audition, et l'engage... Dorothée est à l'antenne pour la première fois en septembre 1973 pour animer les premiers « Mercredis de la jeunesse ». Quatre heures d'émission hebdomadaire. Elle a pour partenaire une marionnette, Blablatus. Le docteur Michel Klein fait déjà partie de l'aventure. Ensemble ils présentent les « Fous du volant », « Skippy le kangourou » ou « Les Intrépides ». Elle continue parallèlement ses études, mais bien vite, la séduction de la télévision est plus forte... A l'éclatement de l'ORTF, Eliane Victor et Christophe Izard prennent la direction des émissions pour la jeunesse de TF1 et demandent à Dorothée d'animer « Les Visiteurs du Mercredi ». Elle y reçoit de nombreux chanteurs dont Alain Souchon, Daniel Balavoine et Richard Gotainer. A la fin de la saison, on la remercie : « Vous n'êtes pas faite pour animer des émissions pour la jeunesse ».


En 1976, Henri Kubnik lui demande de le rejoindre pour animer le jeu « Réponse à tout ». Mais à la fin de la saison, elle est à nouveau remerciée, alors que le coup de jeune qu'elle apporte à l'émission semblait évident... De juillet 1976 à février 1977, Dorothée est au chômage, du moins elle n'est plus à l'antenne. Elle exerce alors toutes sortes de petits métiers, de doublure lumière sur « Les Rendez-vous du Dimanche » de Michel Drucker à animatrice dans les supermarchés, elle est aussi secrétaire pour des amis dans une société de robinetterie. Elle se devait de gagner sa vie car elle ne touchait aucune indemnité et vivait chez ses parents. Son temps libre, elle le passe sur les plateaux où se tournent « Ring Parade » ou « Cadet Rousselle » présentés par Guy Lux, avec lequel elle gardera une grande amitié.


1977 : Heureusement, Dorothée apprend qu'Antenne 2 cherche de nouvelles speakerines. Elle passe les auditions, est reçue et débute en mars 1977 en tant que speakerine de la chaîne. Elles sont alors 4 sur Antenne 2 à occuper ce poste. A raison d'une annonce ou d'une interview (toujours écrites ou préparées par ses soins), toutes les heures, Dorothée est grâce à ce métier de présentatrice « dans la télé » du matin au soir. Déjà à cette époque, c'est à minuit que se termine le travail dans les studios de Cognacq-Jay. Elle anime également « Des animaux et des hommes », le samedi après-midi. Si elle est passionnée par la télé et retient la complicité qu'elle entretient alors avec ses collègues, la solitude durant cette période est parfois pesante. Dorothée est jeune, rêve de produire une émission, de jouer la comédie et de travailler en groupe... Son temps libre, elle le passe devant les films d'Hitchcock. Parallèlement, Gérard Calvet lui demande d'animer tous les après-midi une émission pour la jeunesse : « Dorothée et ses amis ». En tutoyant les téléspectateurs, elle présente des dessins animés comme « La panthère Rose » « Bugs Bunny » ou « Bip Bip » et reçoit des enfants sur le plateau. Cette saison en tant que speakerine et animatrice lui valent d'être considérée par la presse comme l'une des « grosses têtes d'affiche d'Antenne 2 », aux côtés de Gérard Holtz, Thierry Roland, Jean-Marie Cavada et Philippe Gildas.


1978 : Durant l'été de cette année 1978 c'est la naissance du fameux « Récré A2 » que Dorothée anime tous les soirs et qui deviendra l'une de ses émissions phare ! Arrive dès la rentrée : « Récré A2 Mercredi », avec deux heures de direct hebdomadaire. Jacqueline Joubert, directrice de cette toute nouvelle unité de jeunesse sur Antenne 2, n'a pas de budget important. Qu'importe ! On utilise de vieilles malles et des toiles d'araignées pour créer le décor d'un grenier, celui de la grand-mère de Dorothée. On assiste à l'explosion du phénomène « Goldorak ». Malgré les critiques dénonçant la violence du dessin animé japonais Jacqueline Joubert, Dorothée et toute l'équipe font de « Récré A2 », l'émission pour la jeunesse où l'on s'instruit en s'amusant. Lors du premier été, l'animatrice est à l'antenne avec Gérard Chambre, mais dès 1979, toute une équipe vient se greffer au personnage central qu'est Dorothée. Les téléspectateurs qui suivent « Candy » et « Wattoo Wattoo » (série dans laquelle Dorothée prête sa voix comme narratrice), font la connaissance de William Leymergie dit Willy, de Cabu dit Maître Cabu, de Patrick Simpson Jones, de François Corbier et d'Ariane Gil... En quelques semaines « Récré A2 » devient l'émission numéro un. La culture y a une place importante : Dorothée y parle histoire, géographie, littérature, mais n'oublie pas de raconter des histoires (parfois avec les mains), d'organiser des jeux ou de se mettre en scène pour distraire le public.


En 78 toujours, François Truffaut l'appelle un soir en cabine speakerine et lui propose un rôle au cinéma dans le dernier épisode de la saga d'Antoine Doinel : « L'amour en fuite ». Elle tient le rôle de la nouvelle conquête du héros, interprété par Jean-Pierre Léaud. Le célèbre réalisateur a craqué sur Dorothée en la voyant évoluer en direct à la télévision. Au fil du tournage, en fonction de ce qu'il ressent. Dorothée, qui ne devait faire qu'une apparition, devient l'une des protagonistes principales de l'histoire. Le film obtient un succès d'estime et la profession salue le travail d'actrice de la jeune débutante. La célèbre actrice césarisée Marie Dubois dira d'elle dans le Club pour "Le Film de la Semaine" : "Dorothée est absolument incroyable, remarquable, avec l'oeil qui pétille, qui accroche, qui brille d'intelligence. Ce qu'elle propose dans ce film est absolument étonnant." Si ce coup d'essai fait l'unanimité dans la presse spécialisée, la désormais comédienne est ravie d'avoir travaillé pour le maître de la nouvelle vague, qui avait pour projet de lui écrire un nouveau film... En janvier 1980, Dorothée est rappelée par le cinéma. Elle tourne son second film sous la direction de Robert Enrico : « Pile ou Face », avec Philippe Noiret et Michel Serrault. Entre deux directs de « RécréA2 » elle se rend à Bordeaux où elle tourne en tant que premier rôle féminin, celui d'une speakerine de télévision, qui a été le témoin d'un crime que le présumé coupable nie avoir commis. Le tournage pour Dorothée ? « Une bulle de savon ! ». Notre minute « potins » vous précise que dans l'une des scènes, Dorothée dévoile furtivement sa poitrine, ce qui lui vaudra durant des années la rumeur fantasmée des hommes, absolument convaincus que Dorothée avait, un jour, été actrice de films X... A noter qu'elle apparaît par contre (avec ses vêtements) dans le film de Pierre Tchernia, « La Gueule de l'autre ».


Quelques mois avant le tournage de « Pile ou Face », Dorothée enregistre en décembre 1979 son premier disque. Il s'agit d'une comédie musicale « Dorothée au pays des chansons ». Dans la foulée, elle enregistre avec toute l'équipe de « Récré A2 », un second 30 cm : « Dorothée et ses amis chantent », qui contient tous les indicatifs des émissions, dessins animés et séries de « Récré A2 ». C'est sur ces premiers disques qu'elle collabore avec celui qui deviendra son producteur historique, l'ancien attaché de presse de Syvie Vartan, Jean-Luc Azoulay. Ce dernier vivote alors grâce à la petite compagnie qu'il vient de créer avec Claude Berda : AB Productions. Ils cherchaient une vedette, ils ont trouvé Dorothée ! « JLA » pour les intimes prendra toute sa place au sein de Récré A2 en produisant la partie « musique » de Dorothée, à savoir les disques, les clips et les spectacles. Le duo très fort Dorothée/Joubert se transforme dans les coulisses en trio. C'est aussi à ce dernier, sous le pseudonyme de Jean-François Porry que l'on doit la majorité des textes que Dorothée interprétera durant les 18 ans à venir. La relation de l'interprète et son agent deviendra un véritable moteur. Dorothée ne sortira plus jamais de son giron. C'est lui qui donnera cet axe 60's au répertoire de la chanteuse et qui fera sans cesse revivre l'esprit « Salut les copains » dans l'univers de sa star. Celle-ci sera chanceuse, travailleuse, protégée et docile.
Dorothée est installée dans les médias, elle fait la couverture des journaux tout en ayant une réputation qui fait l'unanimité. Avec cette forte exposition, pour se protéger certainement, elle ne commentera jamais le décès de son père ou la relation amoureuse qu'elle entretient avec un certain Patrice. En dehors de sa vie privée qu'elle garde pour elle, les années 80 débutent et Dorothée est absolument partout !


1981 : Elle tourne pour Antenne 2, l'adaptation télévisée de son disque « Dorothée au pays des chansons », une comédie musicale de cinquante deux minutes réalisée par Mathias Ledoux. Elle présente son spectacle pendant les vacances de Noël, sous la Tour Eiffel. Du neuf au vingt avril, Dorothée est à l'Olympia. Elle propose tous les jours sa comédie musicale à un public enthousiaste. Elle chante, accompagnée par quinze musiciens et entourée de onze danseurs. Dans cette histoire, Dorothée se retrouve pendant deux heures dans un univers dont les habitants sont des instruments de musique. Le tambour s'appelle le Général, l'accordéon Flop, le violon Love-Love, tandis que la contrebasse souriante est Henri Golo. Le succès est au rendez-vous. « Tu es la nouvelle Johnny Hallyday », lance Jean-Michel Boris, le directeur de l'Olympia. Un aboutissement pour la femme-spectacle qu'est devenue Dorothée. Ce ne sont pas les deux côtes qu'elle se casse en répétition qui l'empêche pour Récré A2 de monter sur la scène de l'Empire ! Le 22 novembre 1981, c'est à Walt Disney que l'on doit le premier tube de Dorothée, puisque ce sont leurs représentants français qui l'ont contactée pour interpréter le générique de « Rox et Rouky ». Disney, avec qui elle collabore depuis décembre 1979, puisqu'elle anime chaque Noël « SVP Disney » sur Antenne 2. A partir de 1981 et jusqu'en 1986, elle animera chaque week-end « Disney Dimanche » où elle présente les grands classiques et les nouveautés Disney. Une émission qui se révélera fort sympathique puisqu'entre chaque extrait, Dorothée, costumée, est incrustée dans le dessin pour y jouer le rôle d'un des personnages.


1982 : Elle présente sa nouvelle comédie musicale : « Dorothée tambour battant » à l'Olympia pendant les vacances de Pâques. Toute la presse salue son succès et l'Olympia affiche « complet ». Elle fête en même temps son premier disque d'or et son premier disque de platine avec « Rox et Rouky ». En quelques semaines elle est en tête des ventes françaises : disque de platine pour « Rox et Rouky », album de platine pour « Hou ! La menteuse », disque de platine pour « Hou ! La menteuse », disque d'or en Belgique pour « Hou ! La menteuse ». Le succès de cette chanson interprétée par Dorothée vire au phénomène avec plus de deux millions de 45 tours vendus! En décembre 1982, elle présente le jour de Noël, sa nouvelle comédie musicale aux téléspectateurs d'Antenne 2 : « Dorothée au Royaume de Diguedondaine ». Créée à Paris, pour les fêtes de Noël, sur l'Esplanade du Champs de Mars, au cœur de la forêt enchantée, Dorothée et les autres membres de la troupe chantent en majorité des chansons issues du « Jardin des chansons », à savoir les anciennes chansons françaises traditionnelles réenregistrées pour la partie « Discopuce » de « RécréA2 » et qui sortiront au fil du temps dans une impressionnante collection de 33T, 45T, VHS, Cassettes, CD et ce dans plusieurs éditions. Au terme de ce spectacle, Dorothée sera reçue à l'Hôtel de Ville par Jacques Chirac pour la remercier de ce qu'elle apporte.


1983 : Après son premier 45 tours « Tchou Tchou le petit train », le triomphe de « Rox et Rouky », les chansons de « Candy », les classiques du « Jardin des chansons », la machine est désormais lancée, et chaque année Dorothée sortira un album original jusqu'en 1997. Elle reçoit cette année un album d'or pour son nouvel opus « Pour faire une chanson ». Durant tout l'été, Dorothée a effectué une énorme tournée à travers toute la France, 48 galas triomphaux sur le grand podium de « Radio Monte Carlo » : plus d'un million de spectateurs viennent applaudir sa nouvelle comédie musicale « Pour faire une chanson ». Pour l'anecdote, le 14 juillet 1983, à Aix-En-Provence, devant plus de quinze mille personnes, Dorothée a fêté ses trente ans. En compagnie de Jean-Pierre Foucault, présentateur de cette tournée d'été et de Carlos, co-vedette de chaque soirée, la foule a repris en cœur « Joyeux anniversaire » pour Mademoiselle Dorothée. En cette même année, elle est toujours sur RMC chaque semaine. Le 24 décembre 1983, consécration pour Dorothée, puisque pour la première fois elle est l'héroïne d'un show en prime time. « Dorothée : Le show » tourné début décembre sur les plateaux des Buttes-Chaumont, réunit les vedettes de la chaîne et de la chanson, de Michel Drucker à Bernard Pivot, en passant par Jane Birkin, devient un succès d'audience et le programme est choisi pour représenter la France au festival international de la télévision de Montreux. L'originalité de cette soirée événement et de celles qui suivront, tient au scénario, puisqu'il ne s'agit pas d'un enchaînement de chanteur en promotion mais d'une véritable histoire où chacun tient un rôle, est costumé, chante et danse.


En 1984, à la demande de Peyo lui-même (le créateur des Schtroumpfs), elle enregistre la chanson générique du film « V'là les Schtroumpfs ». S'ensuivront deux albums. Surnommée « Doroschtroumpf », elle a été intronisée « Schtroumpfette d'honneur » par le maître en personne. La place de la BD et du dessin en général a d'ailleurs une place de choix dans les émissions de Dorothée et pour cause. En plus de son grand ami Cabu qui la croque tous les mercredis avec cette fameuse caricature au nez pointu, Dorothée en est passionnée et collectionne les albums de ses nombreux copains dessinateurs. Alors qu'elle a vendu plus de quatre millions de disques en 1983, « Qu'il est bête » devient aussi album d'or, la Dorothée de Récré A2 ne fait désormais plus que du Dorothée. Terminés les annonces de speakerines, les émissions de variétés et le cinéma, elle sera par contre omniprésente dans l'Académie des 9 et passera de très nombreux moments de télé aux côtés de son pote Christophe Dechavanne alors débutant, de ses amis Stéphane Collaro, Michel Drucker, Jean-Pierre Foucault, Guy Lux, Jacques Martin et plus tard, Vincent Perrot et Patrick Sabatier. Elle deviendra aussi comédienne de télévision, puisqu'en dehors des dramatiques de Récréa 2, plusieurs téléfilms lui sont consacrés : « La Voiture rouge » et « Le Trésor des Caraïbes » en tête de liste. Pour FR3, elle est une institutrice chantante, vedette de Macadam.


1985 : En février, Dorothée devient productrice d'une nouvelle émission « Récré A2 matin », tous les mercredis sur Antenne 2. Une innovation puisque jusqu'ici la télévision n'émettait pas avant midi. Cette même année, « Récré A2 » est d'ailleurs récompensée d'un « 7 d'or », celui de la meilleure émission pour la jeunesse. A la demande de Georges Lucas, elle enregistre la chanson française du film « L'Aventure des Ewoks ». Le titre est un succès qui est couronné aux Victoires de la Musique, une récompense attribuée par l'ensemble de la profession du disque et l'édition musicale. Par la suite, elle prêtera sa voix en tant que narratrice au film « L'Aventure des Ewoks : la caravane de courage », spin-off de la trilogie Star Wars. Comme chaque année, Dorothée présente un nouveau spectacle, ici, la comédie musicale « On va faire du cinéma » aux Champs de Mars est un triomphe. Il sera d'ailleurs joué à l'Elysée. Dorothée bat son propre record, cent vingt mille spectateurs en seize jours. Elle est également la vedette du show de Noël de la Télévision suisse romande : « La Dame du désert », aux côtés du groupe Indochine. C'est aussi durant cette année que dans l'ombre, l'animatrice est la première à importer le Téléthon en France. Au final, après avoir rencontré Jerry Lewis, fondateur de ce marathon télévisuel américain, l'émission se fera bien chez nous.... sans Dorothée ! Cette malveillance hiérarchique mise à part, ses multiples activités font de Dorothée la nouvelle statut de cire désormais exposée au Musée Grévin et pour l'anecdote, première à obtenir un double avec des cils, s'il vous plaît. Elle est aussi ambassadrice de la langue française en Louisiane.


En 1986, la tournée de « On va faire du cinéma » se poursuit à travers toute la France, et Dorothée est à nouveau album d'or avec « Allo Allo Monsieur l'ordinateur ». Dès décembre, elle monte sur scène avec un nouveau récital « Elle triomphe au Zénith » : plus de cent mille spectateurs viennent l'applaudir et assistent notamment à une entrée volante puisque Dorothée arrive sur scène en deltaplane ! A peine sorti, « Maman » devient disque d'or et le 45T atteint les premières places du Top 50. Ses rares moments de répit, Dorothée les passe au restaurant et ses nuits sont encore consacrées à la télévision, puisque c'est à ce moment qu'elle rattrape le visionnage de ses séries préférées. Début 87 : Dorothée part en tournée à travers la France : quarante deux villes… deux cent mille spectateurs enthousiastes. Elle franchit le cap des dix millions de disques vendus. Durant cette dernière année de télévision, « Maman » est en tête des ventes, François Corbier chante « Le nez de Dorothée », Emmanuelle nous narre notre « Premier baiser », Maître Cabu édite une bande dessinée dont Dorothée est l'héroïne, alors que Roxan court sur le plateau, nous suivons « Les Mondes engloutis », « Les Mystérieuses Cités d'or », « Lady Oscar », un grand changement va bouleverser la carrière de Dorothée…


Juin 1987 est en effet une date clé dans la carrière de Dorothée, puisqu'elle se brouille avec Jacqueline Joubert, sa « seconde maman ». Les versions diffèrent, mais les deux femmes mettront des années à se reparler, et uniquement par téléphone... Cela n'empêche en rien que commence une nouvelle aventure, non pas sur La 5 qui approchent la star, mais bien sur TF1 avec le Club Dorothée aux côtés d'Ariane, Jacky, Patrick et Corbier. Dès le mois de septembre, elle est nommée responsable de l'unité jeunesse de ce qui devient vite la première chaîne d'Europe. La journée du mercredi et le dimanche matin laissent vite, grâce à l'énorme succès d'audience, la place à 22 heures de programmes hebdomadaires. Cette même année, entre la sortie de son nouvel album « Docteur », sa nouvelle tournée, sa halte au Zénith de Paris, l'édition en 45 tours du nouveau générique de Candy et le tournage de la série « Les Aventures de Dorothée : Un ami », elle passe le cap des 11 millions de disques vendus.


Après « Dorothée Show », le premier prime time duquel elle est vedette sur la une et dans lequel elle chante notamment avec Lio, Jean-Pierre Foucault, Carlos, Karen Cheryl, Michel Denisot, Frédéric Mittérand, les Gipsy Kings, Dick Rivers, Christian Morin, Léon Zitrone, David Hallyday et les animatrices de la chaîne, elle débute une année 88 sur les chapeaux de roue. Cette année-là, le Club Dorothée inaugure un principe qui deviendra traditionnel au long de ces 10 années : les voyages. Si l'été se passe sur la plage de Nice, c'est le déplacement au Japon qui sera le véritable événement. Elle y présente un grand nombre d'émissions et fait découvrir à son public les coutumes locales qu'il était rare de voir à la télévision. Par la même occasion, elle tourne dans plusieurs feuilletons : Giraya, Liveman, Mask Rider Black – tous ersatz du phénomène Bioman. Pour la boîte de production dont elle fait partie AB Productions, c'est l'occasion de choisir et d'acheter les programmes qui deviendront cultes pour toute une génération : Dragon Ball, Ken le survivant, Le Collège fou fou fou, Georgie, Lamu, Dr Slump, Juliette je t'aime, Les Attaquantes, Silverhawks et bien sûr Les Chevaliers du Zodiaque. La vraie culture manga est lancée en France. Profitant du succès, les génériques de ces programmes deviennent des tubes et Bernard Minet, principal interprète, vedette du top 50. Mis en lumière avec les 4 autres musiciens de l'émission, il enregistre d'autres tubes sous l'appellation « Les Musclés ». Dès cette année-là, alors que d'énormes studios sont construits pour elle à la Plaine Saint-Denis, Madame Soleil rejoint le Docteur Klein pour sa rubrique « astrologie » et le réalisateur de l'émission Pat le Guen devient un personnage récurrent à l'image. Il n'hésite pas à participer à la sitcom des 5 animateurs diffusée à l'antenne depuis l'année passée : « Pas de pitié pour les croissants » . Si Dorothée devient la cible d'une certaine presse et des Guignols, à la fois pour l'image trop commerciale de TF1 et pour la caricature faite des dessins animés japonais, l'emploi du temps de la star ne désemplit pas. Diffusée 7 jours sur 7 sur l'antenne de TF1, c'est sur scène et dans l'industrie du disque que son omniprésence devient impressionnante. Son nouvel album « Attention danger » sera disque de platine et la chanteuse recevra un Golden Reel Award en provenance des Etats-Unis. Si les autres chanteurs de l'époque sont heureux de remplir cette salle prestigieuse qu'est le Zénith pour une soirée, Dorothée y reste un mois et pour 27 représentations à guichets fermés. Un jour, avant une représentation, elle se permet un duplex avec l'espace.


La tournée qui suit en 1989 est pleine à craquer. Le second extrait de l'album « La Machine avalé » devient également disque de platine. Côté télé, Dorothée est désormais en charge de Disney et nous fait découvrir Les Nouvelles Aventures de Winnie l'ourson et programme La Bande à Picsou, Les Gummies et Zorro. Durant les fêtes de fin d'année, en plus de ses 3 rendez vous quotidiens, elle présente d'ailleurs « Disney Noël ». Michel Chevalet s'occupe des rubriques scientifiques (avant de co-présenter avec la star de TF1 : Club Sciences), Dorothée nous fait participer au Carnaval de Nice, alors que les jeux bon enfant tels que L'ABC ou Le Splitch Splatch Splotch Vlan deviennent des incontournables de l'émission. Une autre grande nouveauté est lancée avec la parution du cultissime Dorothée Magazine. Il durera une décennie et sera tiré à plus de 150 000 exemplaires par semaine. Fin 89 sort l'un des albums les plus importants de la carrière de Dorothée : Tremblement de terre, disque d'or en moins d'une semaine. Il deviendra double platine. Le virage musical dans la discographie de Dorothée a été amorcé il y a quelques années et dès le début, chaque opus contenait des titres souvent inspirés des sixties parlant à un public plus large que celui des enfants. C'est cette année que Dorothée devient une véritable chanteuse de variétés. Le Zénith devenu trop petit pour contenir la foule impressionnante de fans s'arrachant les billets pour ses concerts, elle investit pour la première fois de sa carrière le gigantesque palais omnisports de Bercy. Près de 200 000 personnes viennent l'applaudir dans la capitale.


La tournée de 1990 résolument rock sera couronnée de succès et emmènera la chanteuse dans un incroyable tour de chant en Chine. Les supports discographiques et vidéos qui y seront édités se vendront comme des petits pains. Le record le plus incroyable de cette époque concerne la télévision puisque la diffusion du concert de Dorothée sera regardée par 650 millions de téléspectateurs. En France, la cassette vidéo du spectacle « Dorothée à Bercy » bat le record historique des ventes de cassettes vidéos musicales, elle est triple platine.


En 1991, la notoriété de Dorothée continue de dépasser les frontières : la prestigieuse chaîne de télévision anglaise « Channel 4 » lui demande d'être la vedette de sa série de rentrée « The Wild Bunch » (« 66 Chump avenue »). Après le succès du 45 tours « Nicolas et Marjolaine », une énième tournée triomphale où elle présente son dernier album « Chagrin d'amour » qui la conduit à nouveau à se produire en Chine, c'est à partir de la rentrée 91 que sa dimension de chanteuse atteint des sommets. Elle enregistre l'un de ses plus gros tubes « Les Neiges de l'Himalaya » et vend un million de disques en un an. En même temps, elle est aussi en France la vedette d'une comédie musicale sur TF1 « Le Cadeau de Noël », le soir du réveillon. Elle y chante et danse avec Henri Salvador, Roch Voisine, Thierry Hazard, Nana Mouskouri, Roger Hanin et un nombre incalculable de vedettes de la chanson et de la télévision. Énorme record d'audimat. Parallèlement, pour le Club Dorothée, naît une formidable idée qui sera peut-être le souvenir le plus marquant pour toute une génération : la création d'une carte de membre gratuite pour les téléspectateurs qui, entre autres privilèges, se voient souhaiter leur anniversaire lors d'un impressionnant déroulant en fin d'émission. Le fan club comptera jusqu'à 700 000 membres. Au niveau de la programmation, le Club Mini continue sa route, Sahara le dromadaire extraterrestre débarque sur Terre et lance les traditionnelles missions/chasses au trésor à travers le monde alors, Nicky Larson cartonne et TF1 diffuse les concerts sur son antenne en dehors du Club Dorothée.


La gigantesque scène de Bercy accueille de nouveau Dorothée en janvier 92 pour un spectacle grandiose qu'elle présente ensuite dans 50 des plus grandes villes de France. Pour cette tournée, elle reçoit un fauteuil d'or pour avoir attiré plus de 300 000 spectateurs et ce, juste avant de s'envoler pour un nouveau tour, cette fois, dans les départements d'outremer. Dans ces îles, le record d'affluence est impressionnant. Il faut dire que ce spectacle a été l'un des plus imposants jamais présentés à Paris. Pour l'anecdote, Dorothée démarre sa seconde partie à dos d'éléphant. Si 1992 est une année on ne peut plus musicale, à la télévision, le public s'élargit, Dorothée lance Club Plus à destination des adolescents et interviewe chaque semaine en compagnie d'un animateur radio les stars de la chanson. Les médias retiendront de cette saison la participation de la chanteuse à l'émission Double jeu de Thierry Ardisson, durant laquelle Baffie, au travers d'une caméra cachée, malmène la réputation de Dorothée. La réponse de celle qui est alors en plein triomphe de son World Tour 92 sera multirediffusée durant les 20 ans à venir puisqu'il s'agit de la fameuse séquence où Dorothée renverse un seau à champagne rempli d'eau sur la tête de Baffie. Anecdotique pour les fans qui préfèrent se consacrer aux nouvelles places déjà mises en vente pour la nouvelle tournée et le nouveau Bercy de Dorothée en janvier 93. Durant cette période faste alors que Premiers baisers et Hélène et les garçons ont été créées à l'intérieur de son unité jeunesse, un nouveau prime time, « Le Cadeau de la rentrée » toujours façon Carpentier, cartonne pour cette rentrée qui célèbre les 5 ans du Club. Ce mégashow aux multiples invités tels que Boy George ou Marie-Jo Pérec (avec qui elle interprète La Maladie d'amour), marque une nouvelle ère pour Dorothée, celle des duos prestigieux. En effet, pour celle qui chantait déjà dans les années 80 avec Michel Sardou, Pierre Perret ou Hugues Aufray, il est temps pour elle de réaliser ses rêves d'enfant en faisant découvrir au public français les légendes du rock'n roll. Ainsi, dans son nouvel album « Une Histoire d'amour » (rapidement double disque d'or) et diffusé pour la première fois lors de ce prime time événement, un duo exceptionnel avec Jerry Lee Lewis.


Pendant cette période, une facette que l'on devinait déjà chez l'artiste depuis un certain nombre d'années prend dorénavant bien plus de place : l'humanitaire. En effet, si elle a participé à des grandes causes telles que « Arménie » avec Aznavour, « La chanson de la vie » qu'elle enregistre avec Alice Dona, Barbara, Catherine Lara, Sheila et Nicoletta ou encore en créant dès la première du Club Dorothée, l'opération « On pense à toi » venant en aide aux enfants malades, c'est pour les fêtes 92 que Dorothée prête sa popularité et son antenne aux familles dans le besoin. Elle crée avec son producteur Jean-Luc Azoulay « Le Noël de l'amitié ». Celle-ci donnera chaque année, durant la journée entière, la parole à toutes les associations françaises et internationales. Le but principal était qu'« aucun enfant de France ne passe Noël sans cadeau », selon le slogan prévu à cet effet. Toujours dans cet état esprit et se rendant compte qu'il y avait de quoi s'occuper des laissés-pour-compte tout au long de l'année, en janvier 93, Dorothée lance bénévolement le dimanche en fin d'après-midi juste avant 7 sur 7 le rendez-vous hebdomadaire « Des millions de copains ». Marraine de la chaîne de l'espoir, à travers son exposition, Dorothée participe à sauver des vies. Les opérations caritatives auront toujours une place importante dans ses démarches et ce, jusqu'à aujourd'hui.Ce sont ses proches qui raconteront qu'elle est la marraine de plusieurs enfants africains et que ses actions dans les hôpitaux se sont toujours faites régulièrement et loin des caméras.


1993 est certainement l'année où le virage vers la cible familiale prend toute sa dimension puisque si les émissions du matin cartonnent toujours avec des programmes tels que Sailor Moon, Ranma ½, Max et compagnie ou Princesse Sarah, les après-midi fédèrent un public bien plus large grâce, dans un premier temps aux sitcoms et à son interprète principale qui fait des ravages avec son tube « Je m'appelle Hélène », mais surtout aux séries américaines qui occupent une large plage du Club Dorothée. Après avoir proposé durant les années précédentes 21 Jumpstreet avec Johnny Depp ou Punky Brewster, il est désormais impossible de passer à côté du succès de Parker Lewis, Arnold et Willy, Alerte à Malibu, Power Rangers, Charles s'en charge, Drôle de vie, 8 ça suffit et bien d'autres jusqu'aux aventures de Steve Urkel avec La Vie de famille quelques années plus tard. La tournée 93 s'achève avec plus de 500 000 téléspectateurs offrant à Dorothée la première place des concerts les plus rentables de l'année devant Johnny Hallyday et Mickael Jackson. C'est à cette époque qu'elle réunit pour la première fois sur scène les 4 fléchettes historiques de Claude François : Martine et Francine (choristes adorées et attitrées de leur copine Dorothée), ainsi que Catherine et Dominique. Ensemble, elle reprendront avec énergie, notamment pour Stars 90 le tube « Marche tout droit ». Deux nouveaux prime time voient le jour : Dorothée Rock'n Roll Show et Dorothée Réveillon Rock'n Roll Show. En compagnie de ses amis Carlos et Hélène, l'idole interprète les plus grands standards du rock américain avec Chuck Berry, Mango Jerry, Percy Sledge, Cliff Richard et même Ray Charles. Les variétés de toutes les époques ne sont pas oubliées puisque Bob Azam, David Hasselhoff, Salvator Adamo, Jeanne Mas, Enrico Macias, Pierre Perret, Dave, Franck Alamo, Sylvie Vartan, Nana Mouskouri et tant d'autres se prêtent tous au jeu et font de ces soirées des audiences classées dans les plus fortes écoutes annuelles de TF1.


Si les soirées restent éclectiques, un nouveau phénomène se produit dans les variétés du Club Dorothée : AB, au travers de ses sitcoms et du Club Dorothée, a créé les nouvelles idoles des adolescents. En chantant notamment les génériques de ces feuilletons, les rôles-titres deviennent stars le temps de quelques chansons. Ainsi, inondant l'antenne, le Dorothée Magazine, son journal annexe Télé Club Plus et tous les autres médias, Hélène, Christophe Rippert, Sébastien Roch, Babsi, Julie Caignault, Manuela, Bernard Minet, Mallaury Nataf (qui, tout le monde s'en souvient oubliera sa culotte), Anthony Dupray ou les jumelles Christine et Stephanie Ever éclipsent Indra, Benny B, François Feldman, Elsa, Zouk Machine, Emmanuelle, Les Forbans et autres Vagabonds jusqu'alors extrêmement présents durant les trois heures et demie de folie du mercredi après-midi. Si Dorothée tourne toujours aux côtés du Docteur Klein l'émission dominicale Terre attention danger, qu'elle continue d'éditer plusieurs fois par an le magazine Dorothée Jeux, que son single « Toutes les guitares du Rock'n roll » est au Top 50, que paraissent la première VHS spéciale karaoké de sa carrière, mais surtout Dorothée le livre qui retrace en images et anecdotes, le parcours qu'elle mène alors depuis plus de 20 ans, il est temps pour l'animatrice de retrouver le chemin des studios avec l'enregistrement de son énorme tube « 2394 » et comme d'habitude de tourner les 14 clips qui serviront à la fois au grand jeu de TF1, mais aussi à la traditionnelle VHS « L'Album en vidéo ». Habitude toujours aussi flatteuse pour l'interprète de « Bats-toi » : la vidéo se vend à des milliers d'exemplaires et elle est une nouvelle fois récompensée.


Sa nouvelle tournée débute pour les fêtes de fin d'année et s'arrête une nouvelle fois à Bercy en janvier 1994 pour 10 représentations. Le concert proposé est alors sans équivalent en France. Peu reconnue pour cette facette, c'est pourtant le cas : rose métallique, énorme escalier, danseurs, lumières sublimes, medleys, versions acoustiques, nombreux musiciens, ballet africain et la dizaine de costumes ne sont que quelques-uns des arguments avancés par les fans pour faire de ce tour 2394, le plus beau spectacle live de la chanteuse. L'expérience scénique de Dorothée lui apporte une maîtrise absolue et la star parvient à passer du rock des familles aux slows mélancoliques avec beaucoup de sincérité. Plus de 220 000 personnes assistent au show, la demande est telle que certaines dates de la tournée se voient doublées. Avant l'été, la VHS du concert est une nouvelle fois récompensées. Nous sommes dans les années fastes, il arrive à Dorothée d'être présente 40h par semaine à l'antenne, elle chante dans une ville chaque soir, le Club Do en quelques années se tourne aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, en Égypte ou en Jamaïque. Dorothée participe aux campagnes de prévention pour le sida, aide Chantal Goya à ressortir un album, se rend sur le tournage d'Alerte à Malibu, les magazines qui lui consacrent des numéros entiers ne se comptent plus, les titres inédits pour ses émissions s'enregistrent à tour de bras et nous apprendrons bien plus tard que Jean-Luc Azoulay a installé un appartement pour sa vedette... au-dessus des studios. Un sens du sacrifice pour l'une comme pour l'autre, dirons-nous !


Pour la saison suivante, Dorothée s'offre le privilège de faire enregistrer ses musiciens à Nashville. Ce nouveau son aux airs de country lui offrent un énième double disque d'or avec plus de 250 000 exemplaires vendus. Les distributeurs se font la guerre en coulisses, mais à l'image, Dorothée est omniprésente, part à Tahiti pour une série de concerts records (1 habitant sur 5 assiste au show, offrant à Dorothée une vue incroyable : de la foule à perte de vue), propose son dernier prime sur TF1 pour le nouvel an avec Screamin Jay Hawkins, Julia Migenes, Trini Lopez et Sacha Distel, anime un dimanche en accès prime time deux heures de bêtisiers et classe cette émission dans le top audience de 1995. Elle est aussi choisie par sondage comme étant l'écran d'or de la jeunesse, grâce à un plébiscite incroyable du public. Do, ayant les yeux bien ouverts sur les critiques dont elle est alors la victime depuis des années (notamment de la part du bébé de Jacqueline Joubert : Antoine De Caunes sur Canal +) déclare que ce public reste et sera toujours la seule vraie récompense... Un esprit américain, Power Rangers, la visite des capitales européennes, la fin d'Hélène (déjà), de nouvelles sitcoms (Le Miracle de l'amour, Les Années Fac...), les résultats de la NBA, les tours de Majax, la nouvelle VHS de clips, le premier dessin animé en 3D, la rubrique jeux vidéos avec Cyril Drevet, les pogs à l'effigie des animateurs, l'interview de Luke Perry, le parrainage du film Un indien dans la ville aux côtés de Thierry Lhermitte, les hymnes Folle de vous ou autres Des millions de copains sont quelques uns des éléments marquants de cette huitième année de folie et de succès.


1996/1997 deviennent deux saisons « à part » pour Dorothée et son public. Plusieurs projets importants durant cette période sont avortés : Dorothée en concert au Parc des Princes ou Dorothée dans Alerte à Malibu. Retenons sa participation, en compagnie de Catherine Deneuve, Alain Delon, Gilbert Bécaud et Richard Clayderman, en Italie, au 28ème Festival des nations consacré à la France, ainsi que les deux émissions de Jean-Pierre Foucault, puis d'Arthur, toutes deux consacrées aux 10 ans de la privatisation de TF1.Si le nouveau single « Bonheur City » est le dernier tube marquant pour les téléspectateurs du Club Dorothée (en particulier pour son clip se déroulant dans les nombreux décors d'AB), que Dorothée enregistre la chanson phare du nouveau film de Nicolas Vanier, L'Enfant des Neiges, qu'elle présente toujours Le Noël de l'amitié et Des Millions de Copains, que les mercredis matins rencontrent le succès grâce à une nouvelle formule populaire et itinérante (« Les Héros dans la ville » proposent de multiples défis, récoltent des brosses à dents sur un grand podium et une vedette est dissimulée chez un téléspectateur), que les stars de l'Eurodance (La Bouche, Corona...) et autres boys band (MN8, 2Be3, G Squad...) participent joyeusement à la messe du mercredi après-midi, de très nombreux couacs viennent enrayer la machine. Le contexte télé tout d'abord. AB devient concurrent direct de TF1 en lançant son projet satellite. Dès lors, l'objectif pour la direction est d'étouffer la puissance du Club Dorothée, devenue chaîne dans la chaîne : les bandes-annonces disparaissent, les émissions sont déprogrammées ou déplacées, les requêtes de changement refusées. Pire : TF1 sacrifie littéralement l'émission en imposant à Dorothée la diffusion de programmes qui ne fonctionnent plus et qu'elle ne désire pas mettre à l'antenne, uniquement pour remplir les quotas de séries françaises imposées par le CSA. CSA, qui retire à la même époque le dessin animé phare Dragon Ball Z de la grille pour cause de violence. Côté musique, même catastrophe, AB est contraint de sortir un album qui n'est pas terminé, l'édite à très peu d'exemplaires et Dorothée n'est plus invitée dans aucune émission de variétés. Les conséquences sont sans appel : l'audience baisse (mais parvient à rester leader jusqu'à la fin), le Zénith se remplit (mais uniquement quelques soirs), l'album est bâclé, Dorothée semble plus grave. Sa dernière série de concerts à Bercy est aux antipodes de son parcours : peu de moyens, des danseurs amateurs, trois représentations par jour et un esprit loin de l'univers Rock'N Roll de ces dix dernières années. L'univers justement est peut-être une autre raison du déclin de l'émission, car si le contexte est la raison majeure, d'autres ont eu leur importance. Fin 95, alors que sur certaines tranches, la part d'adultes présente devant le poste est aussi importante que celle du jeune public, Jean-Luc Azoulay veut conquérir une nouvelle génération d'enfants, oubliant les fidèles de l'émission qui ne s'y retrouvent pas : Dorothée range sa guitare pour chanter des textes plus enfantins, les comédiens sortent des disques improbables, les décors se remplissent de nuages et les dessins animés vieillissant font leur retour. La programmation est aussi très décevante, les nouveautés se comptent sur les doigts d'une main. Malgré l'arrivée d'Eric Galliano, le beau décor des derniers mercredis solo de Dorothée ou la création du Cyber Club Dorothée, plus personne ne semble vraiment croire en l'émission. Hélène, Cyril, Patrick et Corbier quittent le navire, les émissions annexes s'arrêtent, les sitcoms sont condamnées. Dorothée perd Roxan, change, s'occupe de sa famille et arrive à la fin d'un cycle. Elle enregistre un dernier album « Toutes les chansons du monde » et anime durant l'année 97, les derniers Club Dorothée. Voulant organiser une grande fête live pour les 10 ans de son émission et la fin de cette aventure (qu'elle apprend par la presse), TF1 refuse et c'est en matinée, par la petite porte, que Dorothée quittera une chaîne qu'elle aura porté des années durant.


Le jour de la dernière, Dorothée perd sa maman et se retire de la vie médiatique. Elle réapparaîtra à de rares occasions (L'Ecole des fans en 98, Vivement dimanche fin 2005) et aura tout le loisir de constater qu'elle n'est pas qu'un phénomène internet où des dizaines de sites se créaient autour de sa personne, mais qu'elle est une personnalité marquante, aimée par plusieurs générations de Français, reconnaissant de tout ce qu'elle a offert quotidiennement pendant 25 ans, avec amour et sincérité à un public exigeant, qui n'a aujourd'hui qu'une seule chose à lui dire : Merci !

 

 

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