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DOROTHEE

Qui môme me suive !

 

Dorothée superchouchoute, Dorothée la préférée des petits « z’amis », Dorothée la pétulante. Il n’y en a que pour elle ! Star incontestée des enfants, reinette d’un club très fréquenté sur TF1, l’animatrice de télé arrive bientôt à Bruxelles avec son tout nouveau tour de chant qui scintille comme des étrennes de rêve pour vos rejetons. Surboum à Forest National, les 14 et 15 janvier, où la ribambelle fête 1989 !

 

 

 

Les enfants ne vont plus au guignol, ils se rendent au spectacle. Ils s‘amènent en bande, avec, en tête, tous les refrains dernier cri. Pour l’instant, il s’agit d’ « Attention danger ! », le dernier 45-tours apprécié pour son clip très Pier Import qui a le don d’accrocher la génération du CDV, le compact-disc vidéo ! Dans la salle, ils sont des milliers. Age moyen : six-huit ans. Tous a-do-ra-bles (les parents ne paient rien pour attendre, encore que…). Car toute cette marmaille, lorsqu’on l’y invite, sait donner de la voix. Pour fustiger les Musclés, l’orchestre qui parfois renâcle. Ou pour reprendre en chœur « Maman », « Docteur » ou « Allô ? allô ? monsieur l’ordinateur ». Tous les galopins et toutes les « pitchounettes » martèlent les travées de leurs petits petons, et s’usent des les mimines à applaudir. Ils hurlent d’amusement, laissent fondre leur petit cœur de beurre quand elle entonne « J’ai le blues de toi « , connaissent sur le bout des menottes les paroles de « Hou ! la menteuse ! »et pépient de joie avec « Qu’il est bête ! ». Bref, ce sont des fans de Dorothée, leur grande copine, la star incontestée des hit-parades.

Celle-ci va bientôt régaler tous les Van der Schtroumpf de la capitale avec un nouveau tour de chant. Un an après les avoir ravis avec « La Fée Vitamine », elle tiendra la corde à Forest National le week-end des 14 et 15 janvier. Ambiance bon enfant garantie pour ce qui constitue un véritable récital avec choristes, danseurs, arrivée de la star en soucoupe volante (mais cet attirail ne fera pas partie de la tournée), combat à l’épée-laser fluo du plus bel effet où triomphe Bioman (le mec plus ultra aux yeux de vos enfants ; faut vous tenir au courant, les parents !), on a mis les bouchées doubles. Il ne manque les briquets (à leur âge, c’est plus prudent) parmi un public gentiment allumé. D’ailleurs, le spectacle est autant dans la salle que sur scène. Bref, Dorothée mène la danse, change de costume en un tournemain (ce qui épate les mômes), appelle ses inconditionnels à la rescousse lorsque son groupe lui fait des misères, pousse la chansonnette et fait de doux câlins dans un spectacle réglé comme du papier à musique.

 

 

 

Pas de pitié pour les croulants

Quel succès, mes enfants ! Depuis qu’elle a plié bagage pour TF1, elle a supplanté toutes ses rivales. Dame ! avec 22 heures de programme par semaine, elle s’est hissée parmi les stars de la chaîne privée. Au point de voir sa réussite citée en exemple dans les magazines sérieux qui voient en elle une femme d’affaires avisée.

- Je ne connais rien aux chiffres, je ne suis qu’un chef d’équipe, coupe-t-elle lorsqu’on évoque cet aspect-là.

Sous son air de souricette, derrière ses petits yeux fondants comme des Treets, aussi fluette qu’une allumette, Dorothée gère sa carrière en fine mouche. N’a-t-elle pas, l’an passé, attiré 100 000 spectateurs à Paris et 200 000 en province ? Ne vient-elle pas de fêter ses dix millions de disques vendus ? N’est-elle pas conseillère et responsable des programmes pour la jeunesse sur TF1, elle qui fournit comme pour rire six cents heures d’antenne par an ? Dorothée casse la baraque. Cette sauterelle à la voix un peu éraillée - on dirait aussi la petite sœur d’Annie Cordy - a été prise en amitié par les mouflets. Allez savoir pourquoi. Peut-être à cause de son côté petite fille modèle qui ne se serait pas aperçu qu’elle est devenu adulte ? Peut-être parce qu’elle raffole de leur compagnie et qu’ils le sentent ?

- A propos, comment les voit-elle ?

- Ah ! ça y va. Ils n’ont aucun complexe. En fait, lorsqu’on se parle après le spectacle, j’ai plus le trac qu’eux. Ils sont très vifs. Cela fait presque 15 ans que je fais des émissions pour eux, et l’évolution est assez sidérante. Auparavant, ils n’avaient pas le droit de regarder la télé comme bon leur semblait, alors qu’aujourd’hui ils dévorent ! Y compris ce qui ne leur est pas destiné. Ils choisissent eux-mêmes, ils savent comment fonctionne le magnétoscope. Dans la vie de tous les jours, ils me posent des questions plus incisives. Ils participent davantage. Il y a moins, comme avant, deux mondes séparés, celui des petits et celui des grands. Cela dit, je crains qu’on oublie un peu vite l’univers des enfants. Ils doivent pouvoir continuer à rêver, à faire travailler leur imagination. Pour l’instant, ça va encore. Ils parlent de tout et sont au courant de beaucoup de choses. Ils sont ouverts au monde actuel et c’est important pour les adultes d’en tenir compte. Car il ne faut pas mettre les enfants de côté en les prenant pour des débiles. Il faut en fait les considérer comme responsables, mais dans des limites bien définies

A 36 ans (le 14 juillet, on fêtera le bicentenaire de la Révolution, mais aussi l’anniversaire de Frédérique Hoschédé, son vrai nom), l’idole des p’tits fans, toujours célibataire et qui ne se décide pas à devenir maman, gagne sur tous les fronts. Depuis qu’elle a quitté « Récré A2 », elle a encore peaufiné ce fabuleux contact qu’elle entretient avec les mômes.

- Mais comment faites-vous pour si bien les ranger sous votre bannière ?

- Je crois que je ne fais rien de spécial pour leur plaire. Je suis comme je suis, je leur parle normalement, et on s’amuse beaucoup entre nous. Je ne les considère ni comme des bébés ni comme de futurs adultes. Je les aborde sincèrement, en faisant la part des choses entre leur monde à eux et le nôtre pour arriver à une vie commune. Ce qui devient très difficile, c’est de les surprendre. La magie ne prend plus. Ils en veulent toujours plus ! Pas question de s’endormir !

 

 

- Les enfants sont très influençables. Vous sentez-vous des responsabilités vis-à-vis d’eux, vous qui faites la pluie et le beau temps des mercredis après-midi ?

- On fait très attention à ce que l’on fait et ce que l’on dit. On essaye de parler au maximum un français correct. On veille à ne pas les inciter à faire de bêtises à la maison. Nous sommes très vigilants à cet égard. Ensuite, c’est aux parents de prendre le relais. Nous, nous sommes là pour les divertir, on tente de leur inculquer quelques bonnes habitudes à l’occasion, mais nous sommes plutôt des copains.

- Chose étonnante, les mioches semblent prendre beaucoup de plaisir à venir à ce qui est finalement un vrai concert, comme nous les grands !

- Tout à fait, mes précédents spectacles ressemblaient plus à des comédies musicales. Là, il s’agit d’un tour de chant, avec plusieurs tableaux, histoire de chanter et danser tous ensemble. C’est vivant et moderne, comme à la télé. Bien sûr, les enfants ont besoin de rêver, certaines personnes se chargent de leur offrir ce conte de fées dont ils ont envie. Mais ce n’est pas mon genre à moi. Le côté romantique n’est pas mon fort, je suis plutôt du genre dynamique. Les enfants m’aiment bien pour cette raison et c’est vrai qu’ils s’amusent en venant au Zénith ou ailleurs. Moi, mon premier concert, j’y suis allée quand j’avais 18 ans. Maintenant, même tout jeunes, ils sont habitués au spectacle. Ils n’ont plus peur. Le plus drôle, c’est que les parents viennent ou nous regardent aussi volontiers. Parce qu’ils aiment partager des moments de détente ou de télé avec leurs enfants. En famille. Ils nous disent parfois que c’est le plus chouette des cadeaux.

Après avoir fait chavirer les petits Parisiens, Dorothée débarque pour 2 spectacles à Bruxelles. Rien de tel que le contact direct pour renforcer les liens noués à la télé, où elle assure quelques 22 heures de programmes par semaine.

 

 

- La télé occupe le plus clair de votre temps. Au fond, vous êtes une sacrée bûcheuse ?

- C’est vrai qu’assurer 22 heures de programme chaque semaine, c’est lourd, mais en même temps tellement passionnant. Et puis, on montre plein de dessins animés et de séries, plus toute une volée de rendez-vous avec Jacky et les autres, de quoi tout de même alléger le boulot. Tout est une question d’organisation.

La télé n’est pas une garderie

- Beaucoup de parents se plaignent de l’emprise de la télé sur les gosses, vous ne trouvez pas qu’ils deviennent vraiment esclaves du petit écran ?

- C’est aux parents de dire oui ou non. C’est leur domaine. Je propose, et eux disposent. On n’impose rien, mais c’est sûr que les enfants abusent parfois de la télé. Dites-vous bien que nous nous cantonnons dans des limites raisonnables par rapport aux Etats-Unis ou au Japon. Et puis, on s’est maintenant bien rendu compte de l’existence réelle d’un public d’enfants. On leur tient compagnie. On s’adresse aussi à tous ceux qui n’ont pas d’occupations annexes, qui ne vont ni au sport ni à la danse, qui ne voient pas de petits copains ou qui ne peuvent pas aller jouer dehors. Ils sont très nombreux.

 

 

- Autre critique, la violence excessive des programmes.

- Ne confondons pas violence et action, ce n’est pas la même chose. Tout est bien sûr question de sensibilité personnelle, mais n’exagérons pas : les enfants sont moins perturbés qu’on le dit et ce débat date déjà de Goldorak qui n’a traumatisé personne. Tant que ce ne sont pas des robots qui se battent entre eux, cela ne me paraît pas très grave. C’est en tout cas moins dur que ce qu’on voit régulièrement au JT ou dans les films. De toute façon, ils savent bien ce qu’ils veulent. Mais il faut fixer des limites, on ne peut pas leur passer tous leurs caprices. Il faut aussi leur proposer des histoires plus sensibles, davantage portées sur les rapports humains, ou sur l’amitié. Pour moi, le mieux, c’est que les parents regardent avec eux. Pour les rassurer s’ils sont effrayés, pour leur expliquer une scène qu’ils n’ont pas comprise, pour communiquer. Pour moi, la télé n’est pas une garderie !

 

 

 

 

- Les gosses n’ont-ils pas tendance à voir et à juger le monde à travers la télévision ? Ne se coupent-ils pas des réalités ?

- Ils voyagent beaucoup grâce à la télévision. Ils s’ouvrent au monde. Moi, je sais que, quand j’étais petite on était vraiment protégé, couvé, on ignorait ce qui se passait. Aujourd’hui, c’est tout différent. Les enfants sont moins passifs, même s’ils restent timides pour la plupart d’entre eux. Nés avec la télévision, ils ne lui vouent aucun culte particulier. Et ils zappent à tour de télécommande. Ils rejettent parfois ce qu’on leur propose et plébiscitent d’autres récits. Ce sont eux qui choisissent, qui votent pour ou contre telle ou telle aventure. Et nous, nous nous conformons à leurs vœux, tout en faisant des achats réfléchis.

Réfléchie, Dorothée l’est assurément. Elle mène drôlement bien sa barque. Ce petit paquet de nerfs, avec ses 46 kilos et son mètre soixante-deux, a de l’énergie à revendre. Depuis 1973, année de ses premiers pas aux « Mercredis de la jeunesse », à l’ORTF, la madone des gamins et des gamines a le vent en poupe. Malgré quelques déboires, elle a fait son trou à Antenne 2 avant de s’affirmer sur TF1. Un récent « Avis de recherche » l’a révélée comme une jeune fille sage de Bourg-la-Reine. Elle a bossé d’arrache-pied. Ce qui n’empêche pas son sort de rester suspendu au goût fluctuant des mioches.

- Lorsqu’ils en auront marre de me voir, ils me le diront. A ce moment-là, je m’en irai. Je n’ai pas encore imaginé ce que je pourrais bien faire, mais je leur obéirai, avoue-t-elle tout haut comme pour mieux conjurer le mauvais sort.

Elle peut dormir sur ses deux oreilles. Le moment de la cruelle séparation est loin d’être arrivé. Les mômes ne jurent que par elle. Samedi soir, ils auront la fièvre, et dimanche en matinée, ils feront la fête. Les petits musclés et les mini-puces de 1989 ne se feront pas prier… a charge pour Dorothée d’amuser la galerie. Mais là, on peut lui faire confiance : au royaume des petits suisses, les demi-sels sont rois !

 

 

 


 

 

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