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| Les enfants ne
vont plus au guignol, ils se rendent au spectacle. Ils s‘amènent en
bande, avec, en tête, tous les refrains dernier cri. Pour l’instant,
il s’agit d’ « Attention danger ! », le dernier 45-tours apprécié pour
son clip très Pier Import qui a le don d’accrocher la génération du
CDV, le compact-disc vidéo ! Dans la salle, ils sont des milliers. Age
moyen : six-huit ans. Tous a-do-ra-bles (les parents ne paient rien
pour attendre, encore que…). Car toute cette marmaille, lorsqu’on l’y
invite, sait donner de la voix. Pour fustiger les Musclés, l’orchestre
qui parfois renâcle. Ou pour reprendre en chœur « Maman », « Docteur »
ou « Allô ? allô ? monsieur l’ordinateur ». Tous les galopins et
toutes les « pitchounettes » martèlent les travées de leurs petits
petons, et s’usent des les mimines à applaudir. Ils hurlent
d’amusement, laissent fondre leur petit cœur de beurre quand elle
entonne « J’ai le blues de toi « , connaissent sur le bout des
menottes les paroles de « Hou ! la menteuse ! »et pépient de joie avec
« Qu’il est bête ! ». Bref, ce sont des fans de Dorothée, leur grande
copine, la star incontestée des hit-parades. Celle-ci
va bientôt régaler tous les Van der Schtroumpf de la capitale avec un
nouveau tour de chant. Un an après les avoir ravis avec « La Fée
Vitamine », elle tiendra la corde à Forest National le week-end des 14
et 15 janvier. Ambiance bon enfant garantie pour ce qui constitue un
véritable récital avec choristes, danseurs, arrivée de la star en
soucoupe volante (mais cet attirail ne fera pas partie de la tournée),
combat à l’épée-laser fluo du plus bel effet où triomphe Bioman (le
mec plus ultra aux yeux de vos enfants ; faut vous tenir au courant,
les parents !), on a mis les bouchées doubles. Il ne manque les
briquets (à leur âge, c’est plus prudent) parmi un public gentiment
allumé. D’ailleurs, le spectacle est autant dans la salle que sur
scène. Bref, Dorothée mène la danse, change de costume en un
tournemain (ce qui épate les mômes), appelle ses inconditionnels à la
rescousse lorsque son groupe lui fait des misères, pousse la
chansonnette et fait de doux câlins dans un spectacle réglé comme du
papier à musique.
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Pas de pitié pour les croulants
Quel succès, mes enfants ! Depuis qu’elle a plié bagage pour
TF1, elle a supplanté toutes ses rivales. Dame ! avec 22 heures de
programme par semaine, elle s’est hissée parmi les stars de la
chaîne privée. Au point de voir sa réussite citée en exemple dans
les magazines sérieux qui voient en elle une femme d’affaires
avisée.
- Je ne connais rien aux chiffres, je ne suis qu’un chef
d’équipe, coupe-t-elle lorsqu’on évoque cet aspect-là.
Sous son air de souricette, derrière ses petits yeux fondants
comme des Treets, aussi fluette qu’une allumette, Dorothée gère sa
carrière en fine mouche. N’a-t-elle pas, l’an passé, attiré 100
000 spectateurs à Paris et 200 000 en province ? Ne vient-elle pas
de fêter ses dix millions de disques vendus ? N’est-elle pas
conseillère et responsable des programmes pour la jeunesse sur
TF1, elle qui fournit comme pour rire six cents heures d’antenne
par an ? Dorothée casse la baraque. Cette sauterelle à la voix un
peu éraillée - on dirait aussi la petite sœur d’Annie Cordy - a
été prise en amitié par les mouflets. Allez savoir pourquoi.
Peut-être à cause de son côté petite fille modèle qui ne se serait
pas aperçu qu’elle est devenu adulte ? Peut-être parce qu’elle
raffole de leur compagnie et qu’ils le sentent ?
- A propos, comment les voit-elle ?
- Ah ! ça y va. Ils n’ont aucun complexe. En fait, lorsqu’on se
parle après le spectacle, j’ai plus le trac qu’eux. Ils sont très
vifs. Cela fait presque 15 ans que je fais des émissions pour eux,
et l’évolution est assez sidérante. Auparavant, ils n’avaient pas
le droit de regarder la télé comme bon leur semblait, alors
qu’aujourd’hui ils dévorent ! Y compris ce qui ne leur est pas
destiné. Ils choisissent eux-mêmes, ils savent comment fonctionne
le magnétoscope. Dans la vie de tous les jours, ils me posent des
questions plus incisives. Ils participent davantage. Il y a moins,
comme avant, deux mondes séparés, celui des petits et celui des
grands. Cela dit, je crains qu’on oublie un peu vite l’univers des
enfants. Ils doivent pouvoir continuer à rêver, à faire travailler
leur imagination. Pour l’instant, ça va encore. Ils parlent de
tout et sont au courant de beaucoup de choses. Ils sont ouverts au
monde actuel et c’est important pour les adultes d’en tenir
compte. Car il ne faut pas mettre les enfants de côté en les
prenant pour des débiles. Il faut en fait les considérer comme
responsables, mais dans des limites bien définies
A 36 ans (le 14 juillet, on fêtera le bicentenaire de la
Révolution, mais aussi l’anniversaire de Frédérique Hoschédé, son
vrai nom), l’idole des p’tits fans, toujours célibataire et qui ne
se décide pas à devenir maman, gagne sur tous les fronts. Depuis
qu’elle a quitté « Récré A2 », elle a encore peaufiné ce fabuleux
contact qu’elle entretient avec les mômes.
- Mais comment faites-vous pour si bien les ranger sous
votre bannière ?
- Je crois que je ne fais rien de spécial pour leur plaire. Je
suis comme je suis, je leur parle normalement, et on s’amuse
beaucoup entre nous. Je ne les considère ni comme des bébés ni
comme de futurs adultes. Je les aborde sincèrement, en faisant la
part des choses entre leur monde à eux et le nôtre pour arriver à
une vie commune. Ce qui devient très difficile, c’est de les
surprendre. La magie ne prend plus. Ils en veulent toujours plus !
Pas question de s’endormir !
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- Les enfants sont très influençables. Vous
sentez-vous des responsabilités vis-à-vis d’eux, vous qui faites la
pluie et le beau temps des mercredis après-midi ?
- On fait très attention à ce que l’on fait et
ce que l’on dit. On essaye de parler au maximum un français correct.
On veille à ne pas les inciter à faire de bêtises à la maison. Nous
sommes très vigilants à cet égard. Ensuite, c’est aux parents de
prendre le relais. Nous, nous sommes là pour les divertir, on tente de
leur inculquer quelques bonnes habitudes à l’occasion, mais nous
sommes plutôt des copains.
- Chose étonnante, les mioches semblent
prendre beaucoup de plaisir à venir à ce qui est finalement un vrai
concert, comme nous les grands !
- Tout à fait, mes précédents spectacles
ressemblaient plus à des comédies musicales. Là, il s’agit d’un tour
de chant, avec plusieurs tableaux, histoire de chanter et danser tous
ensemble. C’est vivant et moderne, comme à la télé. Bien sûr, les
enfants ont besoin de rêver, certaines personnes se chargent de leur
offrir ce conte de fées dont ils ont envie. Mais ce n’est pas mon
genre à moi. Le côté romantique n’est pas mon fort, je suis plutôt du
genre dynamique. Les enfants m’aiment bien pour cette raison et c’est
vrai qu’ils s’amusent en venant au Zénith ou ailleurs. Moi, mon
premier concert, j’y suis allée quand j’avais 18 ans. Maintenant, même
tout jeunes, ils sont habitués au spectacle. Ils n’ont plus peur. Le
plus drôle, c’est que les parents viennent ou nous regardent aussi
volontiers. Parce qu’ils aiment partager des moments de détente ou de
télé avec leurs enfants. En famille. Ils nous disent parfois que c’est
le plus chouette des cadeaux. |

Après avoir fait chavirer les petits
Parisiens, Dorothée débarque pour 2 spectacles à Bruxelles. Rien de
tel que le contact direct pour renforcer les liens noués à la télé, où
elle assure quelques 22 heures de programmes par semaine. |
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- Autre critique, la violence excessive des
programmes.
- Ne confondons pas violence et action, ce n’est
pas la même chose. Tout est bien sûr question de sensibilité personnelle,
mais n’exagérons pas : les enfants sont moins perturbés qu’on le dit et ce
débat date déjà de Goldorak qui n’a traumatisé personne. Tant que ce ne
sont pas des robots qui se battent entre eux, cela ne me paraît pas très
grave. C’est en tout cas moins dur que ce qu’on voit régulièrement au JT
ou dans les films. De toute façon, ils savent bien ce qu’ils veulent. Mais
il faut fixer des limites, on ne peut pas leur passer tous leurs caprices.
Il faut aussi leur proposer des histoires plus sensibles, davantage
portées sur les rapports humains, ou sur l’amitié. Pour moi, le mieux,
c’est que les parents regardent avec eux. Pour les rassurer s’ils sont
effrayés, pour leur expliquer une scène qu’ils n’ont pas comprise, pour
communiquer. Pour moi, la télé n’est pas une garderie !

- Les gosses n’ont-ils pas tendance à voir et à
juger le monde à travers la télévision ? Ne se coupent-ils pas des
réalités ?
- Ils voyagent beaucoup grâce à la télévision.
Ils s’ouvrent au monde. Moi, je sais que, quand j’étais petite on était
vraiment protégé, couvé, on ignorait ce qui se passait. Aujourd’hui, c’est
tout différent. Les enfants sont moins passifs, même s’ils restent timides
pour la plupart d’entre eux. Nés avec la télévision, ils ne lui vouent
aucun culte particulier. Et ils zappent à tour de télécommande. Ils
rejettent parfois ce qu’on leur propose et plébiscitent d’autres récits.
Ce sont eux qui choisissent, qui votent pour ou contre telle ou telle
aventure. Et nous, nous nous conformons à leurs vœux, tout en faisant des
achats réfléchis.
Réfléchie, Dorothée l’est assurément. Elle mène
drôlement bien sa barque. Ce petit paquet de nerfs, avec ses 46 kilos et
son mètre soixante-deux, a de l’énergie à revendre. Depuis 1973, année de
ses premiers pas aux « Mercredis de la jeunesse », à l’ORTF, la madone des
gamins et des gamines a le vent en poupe. Malgré quelques déboires, elle a
fait son trou à Antenne 2 avant de s’affirmer sur TF1. Un récent « Avis de
recherche » l’a révélée comme une jeune fille sage de Bourg-la-Reine. Elle
a bossé d’arrache-pied. Ce qui n’empêche pas son sort de rester suspendu
au goût fluctuant des mioches.
- Lorsqu’ils en auront marre de me voir, ils me
le diront. A ce moment-là, je m’en irai. Je n’ai pas encore imaginé ce que
je pourrais bien faire, mais je leur obéirai, avoue-t-elle tout haut comme
pour mieux conjurer le mauvais sort.
Elle peut dormir sur ses deux oreilles. Le moment
de la cruelle séparation est loin d’être arrivé. Les mômes ne jurent que
par elle. Samedi soir, ils auront la fièvre, et dimanche en matinée, ils
feront la fête. Les petits musclés et les mini-puces de 1989 ne se feront
pas prier… a charge pour Dorothée d’amuser la galerie. Mais là, on peut
lui faire confiance : au royaume des petits suisses, les demi-sels sont
rois !

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